Comme nombre de professionnels qui ont par le passé introduit et commercialisé abondamment l’Ailante, j’ai apprécié l’allure de cet arbre élégant, poussant vite et sans exigences particulières. Cet amour n’aura été qu’un feu de paille, car bien vite, le bel arbre a révélé ses redoutables défauts.
N°1 parmi les « plantes exotiques envahissantes »
L’Ailante glanduleux est désormais inscrit sur la liste noire des plantes exotiques envahissantes (EEE). Les espèces exotiques envahissantes désignent certains végétaux dont leur introduction par l’Homme, volontaire ou fortuite, sur un territoire représente une menace pour les écosystèmes. Elles menacent aussi notre santé et parfois certaines activités économiques. En application du règlement européen (n° 1143/2014) et de la réglementation nationale de 2018 (code de l’environnement L411-5 et suivants, décrets et arrêtés associés) les listes d’espèces préoccupantes pour l’Union européenne sont régulièrement mises à jour. La dernière version (2023) comporte 88 espèces (41 végétales et 47 animales). Source : UICN
Une espèce exotique envahissante, c’est une espèce
- introduite par l’Homme en dehors de son aire de répartition naturelle
- capable de survivre et de se disperser sans intervention humaine
- apte à se multiplier et de se disperser très rapidement
- ayant des impacts d’ordre écologique, économique ou sanitaire.
L’arbre fou
Parfois, on surnomme l’Ailante glanduleux « l’arbre fou », tant l’arbre paraît incontrôlable chez nous.
- Il se reproduit de deux façons : par les graines et par le développement de drageons.
- Il ne craint pas la pollution.
- Il se moque du réchauffement climatique.
- Il croit très rapidement.
- Il est dominant, empêchant les végétaux locaux de se développer autour de lui.
- Il ne craint pas les prédateurs.
Bref, rien ne l’arrête et lorsqu’il trouve un terrain propice, comme le long de long de la Loire chez moi, l’Ailante galope, envahissant l’espace très rapidement. La tendance générale est de laisser faire la nature, sauf que l’équilibre tant espéré ne vient pas et quand on en prend conscience, c’est trop tard.

Un travail de Romain !
Pour limiter la prolifération du foyer largement installé devant chez nous, nous sommes quelques volontaires à intervenir plusieurs fois par an, de préférence pendant les périodes de sève montante. Nous arrachons les jeunes pousses ; nous enlevons les repousses sur les troncs déjà développés, nous évacuons toutes les racines susceptibles de reprendre … Il nous faut encore entailler l’écorce des troncs pour que le fameux champignon spécifique de l’Ailante puisse intervenir. Cela fait plusieurs années que nous intervenons de cette manière pour juste maîtriser le foyer. C’est laborieux et sans fin, mais nous nous y tenons avec l’espoir que les scientifiques trouvent une solution. (Ci-dessous quelques dégâts provoqués par l’Ailante qui pousse dans le moindre interstice. Ici, la haie de charmille a disparu derrière l’arbre invasif)
Un Champignon pour nous sauver
La nature est bien faite et nous fournit bien souvent les bonnes solutions. Tous nos espoirs résident en effet dans un petit champignon du sol, ennemi juré et apparemment spécifique de l’Ailante. Il s’agit d’un Verticilium nonalfalfae, dont les pathologistes américains ont démontré l’efficacité et la virulence avec des résultats constatés en une saison. Ce champignon existe déjà chez nous, à l’état naturel.
En Autriche, un produit de lutte biologique (Ailantex), issu de ce champignon, est commercialisé auprès des professionnels et utilisé avec succès sur les populations existantes. Ce produit n’ayant pas été homologué en France, des essais sont en cours, notamment par la SNCF, très impactée au niveau de ses voies ferrées. Nous attendons avec impatience la mise sur le marché de ce produit miraculeux. Et quand il s’agit de nature, les miracles, moi j’y crois !
Ci dessous : Avant (2017) et après (2020)