Des poisons 100% naturels
Dans la nature, nombreux sont les poisons qui peuvent se cacher dans toutes les parties de la plante : des racines aux graines. Pour la plupart, vous vous en tirerez avec des brûlures, des coliques ou des vomissements, mais quelques uns sont très puissants pouvant entraîner le décès. L’histoire regorge de cas d’empoisonnements plus ou moins astucieux. Conclusion : ce n’est pas parce que c’est naturel que c’est forcément bon !

Les poisons naturels : voici un sujet passionnant que j’effleure dans Douceur assassine, le Tome 9 de la série « Une affaire pour la commissaire Bombardier ».
L’histoire se passe à Terra Botanica, parc angevin dédié au végétal. Le contexte : un séminaire de médecins légistes sur le thème des poisons naturels.
Des poisons naturels particulièrement efficaces
Extrait de Douceur assassine
[…] C’est la nature qui nous offre les poisons les plus violents. Personne n’a fait mieux jusqu’à présent. Je te cite quelques cas concrets. Parmi les valeurs sûres : l’amanite phalloïde, un champignon très courant de nos forêts. Tu en disposes quelques-uns dans un appétissant plat de cèpes et le tour est joué. C’est délicieux ; ta cible n’y voit que du feu. Autre bon plan : le ricin, cette jolie plante à feuilles rouges que l’on peut admirer dans de nombreux jardins, y compris publics. Mieux vaut éviter que ton bambin s’en approche. Moins d’un milligramme par kilogramme peut provoquer la mort en quelques jours. Tu as aussi le cyanure, la toxine botulique, le datura, la belladone… Pas besoin de formation ou de demande d’autorisation comme pour un port d’arme. Pas de dépense superflue, on se baisse et on ramasse ; c’est facile d’utilisation et c’est bio. Tu n’as que l’embarras du choix. Personnellement si je me sentais l’âme d’un tueur, ce serait mes outils préférés.
— Il suffit d’en avaler quelques bouchées ?
— Exactement, sans en faire trop. Une fois dans l’organisme, leurs toxines vont attaquer le foie et les reins pour certains individus, les neurotransmetteurs ou le système respiratoire pour d’autres. En général, comme tous nos organes sont plus ou moins liés, les dégâts se succèdent en cascade, plus ou moins rapidement et tout ça finit par exploser gentiment. C’est du travail bien fait. Moi, je dis « Chapeau, la nature ! » Sur ce, bon appétit les amis !
A effet immédiat ou d’action lente, tous types de poisons existent dans la nature.
Extrait de Douceur assassine
— Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est l’intervention sur les origines de la toxicologie et les exemples de célèbres empoisonneurs. Sais-tu que l’étude des effets des toxines sur le corps est très ancienne et qu’au XIXe siècle, c’est même devenu une science à part entière, enseignée dans des écoles pour former des futurs criminels ?
— Incroyable.
— Ce sont les Italiens qui se sont distingués en la matière. On connaît tous les meurtres attribués aux Borgia, aux Médicis… Mais il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui tout le monde s’y est allègrement mis. Les Français ne sont pas en reste. Tu te rappelles, bien sûr de l’empoisonneuse de Loudun, un exemple parmi beaucoup d’autres ?
— Tu parles de Marie Besnard ?
— Exact. Elle a été accusée d’avoir tué une douzaine de personnes à l’arsenic. Je te signale que ce poison est naturellement présent dans notre environnement. Inutile d’être chimiste pour s’en procurer. C’est d’ailleurs ce qui a fait hésiter les jurés lors du procès. Il n’a pas été possible de déterminer si les morts imputés à l’empoisonneuse présumée avaient été volontairement intoxiqués. Marie Besnard a bénéficié du doute, mais cette histoire est intéressante et a démontré combien les autopsies, les analyses, les prélèvements doivent être réalisés avec minutie sous peine d’être vite contestés.
— Tu sous-entends que si le produit nocif avait été d’origine chimique, la thèse de l’assassinat n’aurait pas pu être remise en question ?
— Probablement. Depuis, tu as sûrement suivi bien d’autres cas : l’affaire de la Josacine empoisonnée en 1994 par exemple. Là, c’est du cyanure, contenu notamment dans le noyau de certaines plantes, qui a provoqué la mort.
— C’est Hitler et Éva Braun qui se sont suicidés au cyanure, il me semble.
— Oui et bien d’autres nazis, d’ailleurs. L’avantage c’est que le décès est presque immédiat. Si les Italiens ont été précurseurs, tous les pays ont copié.
— Mais tous ces produits employés pour tuer ne sont pas d’origine naturelle !
— Non, bien sûr. La tendance est même à l’utilisation de mélanges chimiques : le Novitchok élaboré par les Russes ou le gaz sarin inventé par des chercheurs allemands par exemple. Mais sincèrement, pourquoi s’embêter à fabriquer des poisons artificiels quand la nature met à notre disposition tout le nécessaire pour éliminer son voisin ? Tu te souviens de l’affaire Markov ?
— Pas vraiment.
— C’était un dissident bulgare. Il a été discrètement piqué grâce à un parapluie dont la pointe avait été enduite de ricine. La ricine, je te le rappelle, est issue du ricin, une plante très commune dans nos jardins. Le pauvre ne s’en est pas remis. Du travail propre et redoutablement efficace.
— Bref, si j’interprète correctement tes propos, je comprends que tu es favorable à l’emploi de substances bio en toutes circonstances.
— Et pourquoi pas ? On dit que la nature fait bien les choses. Nous en avons des exemples tous les jours et dans tous les domaines. Si je me place sur le plan strictement personnel, ma conclusion c’est que, si je devais empoisonner quelqu’un, j’utiliserais une matière active présente dans l’environnement afin de multiplier les chances d’introduire un doute.
— Comme l’amiante ?
— Ah non, pas l’amiante. Ou alors, il faut que tu t’y prennes longtemps à l’avance : au moins vingt ans, le délai nécessaire pour que le cancer de la plèvre se développe. Non, privilégie plutôt des poisons à effet fulgurant comme le cyanure ou même la strychnine. Il te suffira de trente minutes pour obtenir le résultat escompté.
— C’est bon à savoir.





Le Datura (photo 1), le muguet (photo 4 CP Renaudineau) ou le ricin (photo 5) sont des plantes communes de nos jardins et pourtant parmi les plus toxiques. La fougère Pteris vittata (photo 2) a le pouvoir d’accumuler l’arsenic. Les amandes contenues dans les noyaux des fruits (photo 3 CP Pexels Karolina Grabowska ) contiennent du cyanure.


